La manifestation du 8 septembre : A vos balais, po!

11 Oct

 Nous sommes le 8 septembre 2013, il est huit heures du matin à Santiago. Le jour « J »  est arrivé, nous nous préparons à participer à la manifestation contre l’oubli à 40 ans du coup d’État d’Augusto Pinochet.

Ce dimanche matin  plus d’une centaine de jeunes chiliens se retrouvent, exhibant sur leur t-shirt le slogan de la brigade « 40 años de lucha y resistancia »  et achevant les dernières préparations.  D’attaque pour recouvrir les rues de la capitale de plus de  trois mille affiches de sérigraphies aux devises diverses et variées.

Le point de rencontre est en face de Londres 38, ancien centre de détention et de torture. Ce lieu de mémoire symbolique, nous avait déjà accueillies pour le déroulement de l’atelier de sérigraphie engagée de juillet. Londres 38 n’est pas « un cimetière » , mais un espace vivant où se (re)construit la mémoire chilienne. Sur ce point, voir  notre article sur les lieux de mémoire.

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Quarante ans après, le peuple résiste et lutte toujours contre les injustices commises et les inégalités économiques et sociales criantes dans ce pays.  C’est l’occasion pour toutes et tous de l’exprimer par le biais des outils de sérigraphie. Jeunes et moins jeunes sont réunis afin d’affirmer que « la graine » dont parlait Allende a continué à germer dans les esprits. 

« Je vous assure que personne ne pourra éradiquer la graine que nous avons semé dans la digne conscience de milliers de chiliens. Ils ont la force, ils pourront nous asservir mais nul ne retient les avancées sociales avec la force et le crime. L’Histoire est à nous, c’est le peuple qui la fait. » Salvador Allende

Actuellement le Chili est plongé dans un climat de tension sociale palpable et la répression des manifestations est courante.  Nous recevons donc des consignes préventives et le numéro d’un avocat si cela venait à dégénérer.

            On nous informe également que les banderoles disposées la veille par le collectif de Londres 38, sur les ponts les plus célèbres de Santiago, ont été retirées à l’aube par les forces de l’ordre. 

« Où sont les disparus ? »

 « Pourquoi le pacte du silence n’est-il toujours pas rompu? ».

Questions auxquelles l’État est apparemment réticent à répondre. Cela ne  fait qu’augmenter l’effervescence, l’ébullition et l’envie d’agir de la brigade de collage. 

Armés de nos affiches, nos  balais, nos caddies et nos seaux de colle nous partons en direction de la manifestation. Nous sommes prêts à envahir la ville de « cartel de propaganda » (affiches de propagandes).

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A peine partis, les premières tensions avec les forces de l’ordre se font sentir.  Ils nous arrêtent pour contrôler le matériel que nous transportons. Ils comprennent rapidement le but de notre action et nous laisse continuer notre chemin sans entrave.  Nous entrons dans les rues perpendiculaires à la manifestation, en quelques minutes plus d’une cinquantaine d’affiches aux messages variés s’agencent sur les murs. Nous nous assurons que les militaires n’arrachent pas directement nos affiches. Notre premier mur restera intact. Par mesure de précaution, nous tenterons par la suite, de coller les affiches le plus haut possible.

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Nous voilà, maintenant arrivés au cœur de la manifestation, nous nous y arrêtons brièvement. L’atmosphère est remplie d’émotion, des milliers de personnes marchent en silence arborant les photos et les noms des disparus. Avec toujours la même question « Où sont les disparus ? »,  « Où sont nos enfants ? ».

Le paysage grouille des drapeaux représentant le visage de Salvador Allende, des symboles  mapuches, peuple originaire du sud du pays, et des différentes organisations étudiantes, syndicales et partis politiques.

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Le départ de la manifestation pour les brigades est donné, l’opération coup de poing commence à prendre forme ! L’adrénaline commence à monter.   Pendant plus de trois heures, on colle, on escalade, on arpente la capitale de long en large. Nous nous entraidons, une bonne synergie d’équipe s’est installée. Les balais sont en action, la brigade est unie et solidaire !

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 Nous envahissons l’espace public, rien ne nous échappe et tous les murs vierges de messages d’autres grapheurs et colleurs anonymes se remplissent de nos affiches. Nous tentons d’aller le plus vite possible.

L’action est visiblement bien reçue par les participants de la manifestation, des personnes tendent la main, embrassent les colleurs et nous félicitent.  Certains viennent nous  aider à coller et partagent ce moment d’excitation avec nous.

Malgré quelques moments de friction avec les commerçants de la Vega (marché couvert de Santiago) et avec les carabineros (policiers chiliens),  le groupe conserve toute son énergie.

A 13 heures,  les 120 colleurs ont encore des affiches, ils colleront jusqu’au cimetière générale de Santiago. C’est le lieu symbolique où est enterré Salvador Allende et d’autres militants assassinés par le régime de Pinochet.

Les militaires sont en poste et tentent de bloquer l’entrée. Très rapidement, les guanacos (char éjectant de l’eau, parfois chimique, sur les manifestants) et gaz lacrymogèmes entrent en action. Une partie des manifestants tente de rentrer dans le cimetière, tandis que d’autres s’affrontent directement avec les carabineros. Les affrontements auront lieu jusqu’à l’intérieur du cimetière, au mépris des personnes qui s’y recueillaient. Les images sont violentes, choquantes, mais  visiblement «c’est comme ça tous les ans »…

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